Index - Rechercher - Membres - Groupes - S’enregistrer - Messages Privés - Connexion
Règlements & contexte - Encyclopédies - Annonces - Recherches - Questions - FAQ - Partenariats - Parrainage - Ateliers - L'infolettre
La Mort de l'Enfance

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Les Chevaliers d'Émeraude - JDR recommandé par le site officiel - Version 7 Index du Forum -> Évènements -> Rp Stand-by
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Furie
Impératrice Noire
Impératrice Noire

Hors ligne

Inscrit le: 19 Mar 2012
Messages: 129
Présence: Présent(e)
Race(s): Humain | Lycanthrope pur
Sexe: Féminin
Âge: 35 ans
Génération: Dix-neuvième Génération
Localisation: Lazuli

MessagePosté le: 28/05/2013 05:03    Sujet du message: La Mort de l'Enfance Répondre en citant


__________________________________________________________________

Aésyeth

    La collectivité ne m'évoque que le souvenir d'un aspect plus grand que moi. Une connexion qui nous reliait tous, qui nous élevait, qui nourrissait et nous abreuvait. Au temps où l'Empire coulait de la richesse de la terre, sans ces petites créatures humanoïdes pour dicter les royaumes tempétueux du domaine de la nature. La brise, la pluie et l'océan étaient aussi vivants qu'une mère, rassembleuse et protectrice. Tous les êtres de ce sol partageaient le même esprit, dans une harmonie et un équilibre qui convenait à tous les cœurs battants. L'instinct comme les petits hommes l'appellent n'était qu'un collectif de souvenirs que nous partagions. Les plantes, les rochers, les arbres, nous n'oubliions jamais rien. Le vol furtif et la mise à mort nous étaient instruits par notre clan, mais la chasse n'était que le produit de vagues éclats de mémoire qui remontait à la surface, que toutes les créatures partageaient également, proie comme prédateur. Des siècles d'abondance et de respect mutuels entre toutes les vies dispersés de part et d’autre dans le

    Je ne suis pas née en ces temps.

    On m'a enseigné la compréhension du monde rapidement, me laissant seulement 2 printemps pour assimiler les paysages qui m'entouraient. Celle qui m'enseignait ne semblait que peu intéressée par ma progression et bien vite je dus apprendre à me débrouiller seul. Je ne m'en plains pas, il en va ainsi pour tous mes confrères. La vie n'a pas été tendre avec moi. Et pourtant j'arrive ici, à l'âge vénérable de 768 ans. J'ai laissé mon empreinte sur plusieurs jeunes vies, ma descendance n'est plus un problème depuis longtemps. J'ai posé mes yeux sur toutes les merveilles qui se cachent dans ces montagnes isolées qui décorent l'horizon. J'ai entendu toutes les harmonies du vent, des orages et de la pluie. J'ai vécu toutes les morts et toutes les vies. Je suis vieux. Mes os s’effritent, mon dos se courbe, mes dents tombent, mon cerveau s'embrume. Chaque jour s'éternise de plus en plus. J'ai de plus en plus mal à battre des ailes. Et ce n'est rien comparé à l'agonie de chaque nuit, quand le temps devient humide et froid. J'ai bientôt terminé ma vie.

    Je ne pensai toutefois pas qu'elle aurait duré si longtemps. Je n'avais jamais ressentie cette étrange pulsation, le battement d'un autre cœur avant de connaître Furie. Je me rappelle la première fois que je l'ai vu, couverte de sang, si minuscule que mes vieux yeux n'ont failli ne pas la voir. Il émanait d'elle une lumière si belle qu'elle ne pouvait qu'être une fille de la Lune elle aussi. Jamais je n'ai senti le besoin de protéger qui que ce soit, et surtout pas une si petite créature. Cependant, l'enfant s'est révélé une apprentie talentueuse, douce et respectueuse. Sa soif de connaissance ne prend jamais fin et même nous avions eu du mal à communiquer au début, elle avait vite appris ma langue et mon cœur. Je suis fier d'elle, si fier de la voir grandir, si fier de la voir s'élever au plus au grade de son Ordre étrange, si fier de la voir seulement sourire. J'ai vécu longtemps et lourdement, mais je n'ai jamais été aussi heureux que ces 23 dernières années.

    Mais aujourd'hui, je vais mourir.





    Sibelial avait donné l'arrêt depuis plus d'une heure déjà. Le peuple s'affairait à préparer d'immenses feux pour passe la nuit. Depuis le ciel, Furie pouvait comparer les petites lumières à des centaines de lucioles. Bientôt le soleil ferait place à l'astre lunaire et la comparaison n'en serait que plus précise. Perdue dans ses pensées, elle signala machinalement à Cainé de poursuivre son chemin vers la droite en compagnie d'Eryn. Distraite, elle laissait le dragon filer en paix vers les montagnes plus abruptes du nord pour y poursuivre la chasse qu'ils avaient commencée tôt le matin même. Depuis quelques mois, chaque jour lui semblait égal à l'autre. Tandis que l'Empire au complet marchait vers une destination inconnue et incertaine, les Seccyeths patrouillaient sans relâche le ciel et la forêt pour y trouver de quoi sustenter et abriter 7 milles âmes affamées et transies de froid. Il régnait dans la lente procession un climat de découragement et de colère. Tout le monde était épuisé et apeuré, incapable de formuler un avenir plus propice, incapable de voir le moment futur où leur misère prendrait fin. Ils avaient tout perdu dans l'immense secousse qui avait ébranlé les fondations mêmes de leur peuple. Chaque jour, la maladie, la soif ou la fatigue leur volait un autre frère, un autre amour, un autre camarade. Les Chevaliers Impériaux avaient de plus en plus de mal à contenir la nation qui devenait lentement plus violente à chaque lever de soleil, eux même exténué de cette charge colossale. L'aristocratie, particulièrement l'Impératrice Sibelial, devenait nerveuse en palpant cet air chargé d'électricité. Tout le monde était à bout de nerf et la marche ne s’annonçait pas terminée de sitôt.

    Il en allait de même pour Furie et son Ordre. La famine et l'effort continuel que devaient fournir les dragons pour la chasse les avaient amaigris et rendus belliqueux. Il n'y avait jamais un seul instant de repos et même si la Chef essayait tant bien que mal d'instaurer une certaine discipline et un souffle de courage à ses compagnons, elle savait for bien qu'elle allait perdre le contrôle si ils continuaient à ce rythme éreintant. Ils se levaient si tôt et se couchaient si tard qu'elle ne les blâmait même plus de se cacher pour dormir dans une clairière quelconque. La Douce se sentait peu à l'aise avec l'idée d'intervenir dans les plans de l'Impératrice, mais aujourd'hui elle avait décidé de formuler une requête à sa belle-mère. Elle voulait s'occuper personnellement de ses Seccyeths, les soigner et leur permettre un peu de repos, mais sa bonté s'étendait également sur toute le peuple. Chacun des individus, à pied ou à cheval méritait amplement une pause.

    Lorsque traqueuse de fortune eut fini de rapporter le peu qu'elle et Aésyeth avaient réussi à tuer (le pauvre dragon n'était pas vraiment doué pour chasse pour les autres que lui, ses proies se retrouvant plus souvent qu'autrement couvertes d'acide), elle se dirigea prestement à l'avant du cortège pour y trouver Sibelial quelques instants plus tard. Entourée des conseillers et de plusieurs Chevaliers, Furie se sentit soudainement intimidée. Elle n'était pas du genre à interférer dans les plans de personne et se maudit d'avoir pensé qu'elle pourrait changer les plans de l'Impératrice. Néanmoins, la Douce se trouvait déjà devant le vampire et son conseil, alors il était peu avisé de partir sans prévenir. En courbant élégamment la tête, la blonde femme formula sa demande « Impératrice Sibelial, mes salutations. Je suis venue vous formuler une simple requête, que j'aimerai grandement que vous preniez en considération. » Peu habituée à tant de formalités, Sibelial était intriguée. Furie attendit l'accord de sa la dirigeante et poursuivit ; « Nous marchons depuis plusieurs mois déjà. Les bêtes et les hommes s'affaiblissent, comme vous le savez sûrement, et les dragons et les Seccyeths ne sont pas épargnés. Nous devons chasser chaque jour pour nourrir les hommes, les femmes et les enfants, tâches très éprouvantes que nous avons peine à remplir. Je vous demande de considérer un temps de repos d'environ une semaine, pour refaire nos forces et redonner du moral à nos troupes. » La tranquille enfant s'inclina une autre fois, entendant patiemment la réponse de l'amante de son père. Sibelial parut découragée un instant en jetant un coup d'oeil à son conseil. « J'y réfléchirai Furie. Tu peux disposer » La Douce s'inclina derechef, incertaine d'avoir bien amenée son point, et quitta la tente. Elle n'était pas sure que la réponse allait s'avérer positive, mais au moins l'Impératrice allait y porter un regard ouvert. Et puis, si jamais elle s'y opposait, la Seccyeth pourrait toujours demander à Zekhen d'intercéder en faveur de l'idée, même si elle détestait devoir recourir à ce genre de manigances.

    Les yeux dans le vide, l'esprit ailleurs, la délicate créature ne vit pas son ami et fonça simplement dedans. Zelane la regarda d'un air joyeux tandis qu'elle se confondait en excuses. Se réprouvant de toujours commettre de telles bévues en la présence du Sorcier, Furie se sentit toutefois soulagée de voir un sourire rependu sur ses douces joues. Elle se reprit doucement et le salua à leur manière bien spéciale, une bise sur la joue gauche, celle du cœur. Voilà des semaines qu'ils n'avaient échanger que des banalités, chacun trop occupé par son rôle et la jeune femme avait de nombreuses fois repenser à ces soirées de piano et d'étoiles. Ils avaient passé tant de temps ensemble, à bavarder de tout et de rien, à étudier des savoirs perdus ou tout simplement à écouter la brise que ces derniers mois sans son complice avaient affecté le moral de la Douce, sans qu'elle le sache vraiment. Les occasions pour eux de se voir se faisaient si rares et lui manquait si terriblement que spontanément, avant même qu'il aille pu lui demander comment elle allait, elle s'exclama : « Oh Zelane, ça fait si longtemps qu'on ne s'est pas parlé! Voudrais-tu m'accompagner ce soir, j'ai trouvé cet après-midi un endroit superbe que j'aimerai que tu voies. » Hésitante, elle ajouta : « Mais si tu es trop occupé, ce n'est pas important. Je préfère que tu t'occupes de tes devoirs avant tout. » C'était dit avec sincérité, même si au plus profond d'elle, la jolie blonde avait vraiment envie de passer cette soirée avec son ami. Timidement, elle lui adressa un sourire en plein d'espoir et tressaillit de bonheur quand il lui dit qu'il pouvait se libérer de ses fonctions pour cette nuit. Même si elle avait enfin atteint ses trente ans, la Douce se sentait toujours comme une enfant en sa compagnie. Elle déposa sa main sur le visage tendre de l'occultiste et lui donna un lieu et une heure. Emplie d'une tranquille allégresse, elle s'éloigna vers la tente des Chevaliers Impériaux pour aider à la préparation des repas.

    Furie avait saisi sa petite bourse en cuir orné d'ocre rouge avant de partir. Elle y avait glissé un cadeau qu'elle souhaitait donner a Zelane depuis longtemps, mais à défaut de trouver une occasion où ils se voyaient plus que 5 minutes, elle avait négligé de l'offrir. C'était un présent tout simple, qui ne nécessitait pas vraiment d’événement pour être remis, mais la Seccyeths se sentait tout de même en émoi. Le cœur battant de liesse, elle alla chercher le jeune homme. Saisissant sa main au passage, elle le fit courir jusqu'à Aésyeth qui salua le garçon de sa façon un peu grognonne. Soupirant devant l'empressement de sa petite maîtresse et cet étrange humanoïde aux cheveux bleus qu'il aimait bien, le dragon sentit tout de même son cœur se pincer de tendresse. La Douce sauta sur le dos de son compagnon toxique et fit embarquer son copain dans le même élan. Chuchotant mollement la route à sa monture adorée, distraite par la présence de son complice, elle ne remarqua pas la difficulté d'Aésyeth à s'élever dans le ciel.

    Ils atteignirent une immense corniche prise entre deux ponts de pierre naturelle après une heure. Un lac naturel c'était formé et avait contribué à faire croître d'immenses hêtres à son abord. Le dragon se posa lourdement près de l'étendue d'eau, tandis que les deux petits êtres descendaient de son dos. Furie découvrit la plate forme avec émerveillement, encore plus belle qu'elle n'aurait pu penser à la survolant plus tôt dans la journée. Le Sorcier semblait lui aussi impressionné par l'endroit et la jeune femme était heureuse de lire du beauté du lieu se reflétant dans son unique œil bleu. La nuit avait s'était étendu durant le vol et la Douce entreprit rapidement de faire un petit feu. Le crépitement se fit rapidement entendre et elle étendit une douce peau de daim près de la chaleur. Elle s'assit les jambes croisée, rapidement suivie par Zelane et sortit de son sac quelques petits fruits qu'elle avait trouvés il y deux jours. Et tout en grignotant le sucré des cerises, ils se racontèrent tout ce qu'ils n'avaient pu dire toutes ses journées.

    Voilà un moment qu'ils s'étaient tus. La jeune femme tressait habilement la soyeuse crinière bleutée de son ami, glissant ses doigts le long de son cou comme il aimait tant. Le silence les satisfaisait et un sentiment de sécurité familier avait doucement plongé Furie dans un état paisible. Si ils avaient parlé longtemps ce soir, c'était sans un mot qu'ils avaient le plus souvent partagé leur amitié. La Douce attacha la bande cuir soigneusement et se rassit près de son compagnon. Elle se sentait toujours comme une enfant en sa compagnie. La tête d'Aésyeth s'était lentement posée près d'elle et elle la caressa songeusement. Zelane la regarda chèrement et la Seccyeth se mit à chanter.

    Nomeno thurkear si nymuera wer birdé ulnot
    wer savage stays ihk wer thurkear
    coi jahus relgrir ve
    shar vucoti jaci jahus austratir mojka

    Wer iski batobot magarth wer daariv di thurkear
    hefoc maids ptaua jacioniv
    houpe lae persvék veils di bakmada asta mitne
    svadrav jaciv, persvek ibahalii itmen.

    O'ér shio wer edar qanescic de jacioniv,

    vi orn lofftarien


    « C'est un poème sur la vie de la Déesse Lunaire, la mère des dragons. » Furie se lança dans son récit, sachant que son ami l'écouterait attentivement. « Les dragons ont une légende qui explique le commencement de notre monde. Au début des temps, le monde que nous connaissons appartenait à la Lune et au Soleil. Ils se disputaient à tout instant, créant des cycles saisonniers instables et peu propices à la vie. La mère Lune voulait laisser ses enfants les Étoiles grandir dans la nuit tandis que le redoutable Soleil, jalousant la beauté et la délicatesse des Étoiles ne voulait que personne ne les voit. La colère des ces titans étaient terrible, dont la malheureusement Patrie devait subir chaque mal. Fatiguée d'être constamment blessée par les terribles rayons du Soleil ou plongée dans le froid glacial de la mère Lune, elle les menaça de s'éteindre à jamais si ils refusaient de s'entendre. Trop orgueilleux et fiers, les deux partis ne cédèrent pas leur place. Alors la Patrie commença à mourir. Les températures incertaines et les constantes chamailles de ses aînés eurent bientôt raison d'elle et elle finit par rendre l'âme. Ce fut un choc pour la Lune et le Soleil. Maintenant qu'ils n'avaient plus personne à impressionner, ils se retrouvaient désœuvrés. C'est alors, d'un commun accord, après des milliards d'années de querelles, qu'ils décidèrent d'enfin faire la paix. Néanmoins, ils n'avaient toujours personne à charmer. Des siècles passèrent, et sur la Patrie morte, le cycle régulier des saisons, du jour et de la nuit avait donné naissance à la Nature. La Nature n'était néanmoins pas douée d'intelligence, seulement un instinct féroce, les deux astres se retrouvaient encore avec le même problème. C'est alors qu'ils créèrent les dragons, la race la plus belle et la plus intelligente qu'il existerait. Et ils dotèrent leur création du feu torrentiel du Soleil et de la beauté immatérielle de la Lune. Depuis ce jour, les dragons vénèrent la Lune comme le Soleil, descendant direct de ces forces incroyables. » La Douce termina son récit sur un bref silence, laissant le temps à Zelane de penser à cette histoire avant de saisir nerveusement la bourse tachée d'ocre rouge. « J'ai un présent pour toi Zelane. Je voulais te l'offrir un peu avant le tremblement, et tout ce temps je n'ai pas pu, à cause de nos obligations. » Elle sortit de la pochette un pendentif en forme triangulaire, brillant d'un liquide verdâtre fluo et le tendit vers le jeune homme. « Je l'ai fait moi même. Il y'a quelque temps, j'ai découvert que le diamant de fondait pas au contact de l'acide d'Aésyeth. J'ai pu en récupérer un peu et fabriqué ce collier. Comme ça, quand on ne se parlera pas pour longtemps, tu pourrais penser à moi. » Elle enferma le bijou dans les mains de son compagnon, inquiète de savoir si il l'aimerait, fébrile de voir sa réaction, désireuse de le rendre heureux. Elle lui sourit doucement, tandis que le dragon poussa une quinte de toux.

_________________

so tell me where to find you
and tell me where to go
cause i've tasted all your affections
in my heart, my mind, my body
in my soul



Aésyeth



Dernière édition par Furie le 17/07/2013 00:52; édité 1 fois
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: 28/05/2013 05:03    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Zelane
Sorcier(ère) d'Esprit
Sorcier(ère) d'Esprit

Hors ligne

Inscrit le: 19 Fév 2012
Messages: 117
Présence: Présent(e)
Race(s): Humain | Humanoïde
Sexe: Masculin
Âge: 37 ans
Localisation: Ambre

MessagePosté le: 20/06/2013 12:27    Sujet du message: La Mort de l'Enfance Répondre en citant

J’essuyai mes joues, elles qui, couvertes de suie, s’estompaient dans le décor ténébreux. Nous n’étions plus que de simples promeneurs, et le statu dont jadis nous disposions ne servait que les mémoires. Quel affect pouvait bien avoir le titre de seigneur lorsque celui-ci ne disposait plus de ses terres? L’Empire n’était plus qu’Homme, l’Empire n’était plus que poussière. L’exercice d’observation des comportements sociaux devenait davantage intéressant : l’apocalypse qui affligeait le continent semblait être la seule solution au culte de la possession. Je nourrissais le rêve naïf que les maîtres en sagesse reprennent la position qui leur revenait, que les héritiers ingrats perdent de leur notoriété et que les personnages notoires souffrent un peu de l’humilité de la pléiade. Il n’y eut dans mes pensées que la volonté d’améliorer la situation de chacun, ou enfin, ce qui aurait pu me servir d’ultime vengeance n’était autre que l’appel à la vérité. Au fil du paysage mes pensées s’obscurcissaient, comme si, dans le mouvement oisif de cette fumée acre, se trouvait un maléfice assez puissant pour me voir sombrer dans ses courbes. Nous entamions la énième descente de notre périple, laissant en au revoir à nos terres que de l’amertume. Si je tins ce journal jusqu’à l’instant d’écrire ces mots – et à l’instant où on lira ces mots -, il m’arriva à moindre reprises d’inscrire, à l’aide de craie, de simples conseils et directions sur les parois des murs naturels que nous croisâmes, afin de ne pas laisser les prochains rôdeurs dans cette mer d’ignorance qui nous immergeait.

La fumée qui émanait de la pipe d’Amadeus ne me dérangeait guère plus que celle dont nous étions déjà les victimes. Ce fut d’ailleurs la raison qui me poussa à hocher la tête horizontalement lorsqu’il me demanda si cette pratique me rebutait. Si plus jeune le simple concept m’horripilait, je me suis surpris à en consommer moi-même, me laissant naïvement bercer par ces nuages qui de caresses sournoises noircissent les poumons. Or, Amadeus broyait du noir et il n’était pas jour où le tabac semblait pouvoir dissiper ce qui l’affectait. Le simple geste de remplir le réceptacle de cette feuille émiettée semblait infernal tant ses bras tremblotaient. « Il n’y a ni orge ni raisin de l’autre côté…C’est ce qu’ils racontent. » Un soupire à bouche mi-close de ma part lui indiqua que je ne croirais guère à ses âneries qu’au moment d’avoir visité ces terres en entier. « Ne laisse pas ta peur te consumer. Tu sais comme moi que ces stupidités ne sortent que de la bouche de Joseph, ce banquier qui n’a jamais sorti du village de la vallée, à Esprit. » Un rire moqueur se fit entendre, rire assez typique du fumeur. Il regarda dans la direction de celui à qui j’attribuai ces rumeurs infondées. « Tu entends ça, Joseph? Le sorcier…Il il il… Le sorcier il ne t… te… te croit pas! » On se moqua instantanément d’Amadeus : le pauvre souffrait de certains troubles qui l’empêchaient d’intellect élevé. N’en restait pas moins qu’il fut mon compagnon de route le plus honorable. Rien à voir avec ces bourgeois de mauvaise compagnie qui tant bien que mal tentaient, à toute misère, de trouver quelque moyen de rester au sommet de la hiérarchie sociale. Joseph ne fit que lever le menton, fier mais trop craintif pour même m’offrir une réponse à voix basse. Nous continuâmes notre chemin, les regards toujours tournés vers moi, plongés dans l’incompréhension de voir un membre aussi important de l’aristocratie se promener aux côtés des miniers.

« Rien à foutre. On se fend le cul à creuser comme des taupes pendant que ces dresseurs de lézard profitent du panorama. » L’homme jeta sa pioche au sol. Cette réplique n’aurait eut d’écho que le son de ladite pioche fracassant la pierre si ce n’eut été du fait qu’un de ces « dresseurs de lézard », la dirigeante de l’ordre, se trouvait être ma plus fidèle complice. Ce courage un peu niet dont je m’accaparai à cet instant me pressa de saisir l’outil abandonné par le travailleur et de le lui remettre aussitôt, d’un franc mouvement. « Les seccyeths donnent leur vie à chaque mission de reconnaissance pour que la nôtre soit supportable. Cesse un peu d’étaler ton ignorance sur la place publique. » Mon cynisme et mon arrogance ne me coûtèrent que dans quelques situations très précises : je me rappellerai toujours lorsque, jadis, j’eus tenté de faire valoir mon point à une servante et davantage par habitude que par méchanceté, je l’avais appelé « Ninon de la Peu-importe », elle qui portait le nom « de la petite chapelle » mais qui mettait l’accent sur le « pe » en l’amaigrissant d’un vulgaire « u ». Cette réplique enfantine m’avait permise de récolter quelques leçons supplémentaires de bienséance en compagnie de Tatiana qui avait semblé à ces instants me ressembler sur quelques aspects de la vie. Enfin, ce fut tout de même cette dernière réplique au fier à bras qui me value l’apothéose de ces tirades que j’avais offrit ces derniers jours aux membres de mon clan : un coup porté au visage des plus cérémoniaux, qui cloua le bec au plus bavard des compagnons. Un peu d’humilité s’immisça en moi, comme un vieil ami que l’on accueille difficilement après une dispute. Le sang coula sur la pierre et je ne pris même pas la peine d’y mettre ma main car la manœuvre n’aurait probablement servi à rien. Si seulement il avait pu lire mes émotions, cet homme se serait promener le menton bien haut, car la sève de la terreur qui coulait en moi me paralysai suffisamment pour ne rien dire. Dépourvu de puissance occulte, le malheureux s’excusa, terriblement désolé et lorsqu’un garde vint poser le glaive sur sa gorge vulnérable, je lui fis signe de ne pas commettre telle geste, entendu qu’il n’en faille pas plus pour que ce dernier apprenne à ne plus s’exécuter sous de telles impulsions.

Je crachai au sol ce qui restait de ma leçon et j’optai pour la discrétion tout au long de ce trajet. Si quelqu’un me voyait, il comprendrait rapidement que mes sorts s’étaient estompés dans la nuit de la veille…


-


Je n'avais en ma compagnie que le souffle glacial d'Esprit, souvenir qui s'emparait de ma mémoire sensorielle de temps à autre, qui me rappelait candidement que les nuits en froideur et que la solitude n'étaient pas simplement des impacts du régiment, mais que ces éléments étaient gravés en nous. La saison des récoltes pour nous n'était qu'une légende des terres du Sud. Les fiers à bras ne connaissaient que le gibier et les sagefemmes que les médecines d'épinettes. Comment allions nous nous adapter à de nouvelles terres sans perdre quelque romance, quelque patriotisme? Le moral des troupes ne tenait-il pas que par les dernières bouffées du Nord que nous avions égoïstement gardé comme un folklore déluré. Je me promenai au travers des familles qui pour la première fois depuis des semaines retrouvaient leur nid et ainsi leur sourire. La chaleur des sourires, des amitiés, des âmes qui dansaient à deux aux quatre coins du camp me rappelèrent rapidement que le froid et le chaud n'y étaient pour rien. Le pays n'est en fait que quelques ballades, quelques légendes, quelques têtes connues. Moi qui ne buvait que très rarement me retrouvai un verre à la main, le houblon réconfortant mon passage près des ombres dansantes d'un peuple hurlant de nouveaux pas. On m'invita à quelques reprises à me joindre aux festivités mais la paix sur mon visage n'était que l'anticipation d'une activité beaucoup plus attrayante pour moi: j'allais rejoindre la Douce, elle qui s'était séparé de mon champ de vision depuis tant de lunes. La bousculade de notre rencontre me rappela à quel point le rêve l'habitait, tant qu'elle perdait de menues pincées de réalité.

Je déposai la chope qui me fut offerte précédemment sur l'un des muretins naturels qui se dressaient dans les courbes du territoire. Ma blessure au visage s'était pratiquement dissipée en entièreté, où si elle ne l'était pas, je ne la sentais guère. Qu'en témoigne mon âme, je portais en moi la force et la joie de milliers d'hommes, malgré chaque mal qui pouvait se dresser contre moi. Déjà je la voyais, elle qui réussissait à m'émerveiller, encore à ce jour, par la moindre apparition. Moi qui eut cru qu'après ces nombreux automnes nous perdrions cette tendresse, cette vulnérabilité, cette enfance qui nous unissait; l'âge n'avait apporté que la connaissance, mais je réalisai assez rapidement que nos amours, nos passions, nous les gardions, au creux, protégés de chaque tristesse, de chaque fleur fanée. Si l'oubli affligeait souvent ces vertus, elles revenaient comme une centaine d'étoiles soufflées par la nuit. Je ne portais que d'humbles haillons quand elle portait la beauté elle-même; seule ma cape signait mon rôle au sein de la société, elle qui m'accompagna pour la durée complète du voyage.

« Bonsoir Furie » dis-je, retenant de peine et de misère l'envi de lui témoigner à quel point son visage proposait le magnifique. Une bise, une étreinte. Je la serrai pour chacune des fois où je ne l'avais pas fait, espérant lui offrir ainsi ma protection, le peu dont je disposais. Je ne réalisai que trop peu qu'en fait sa main s'était glissée dans la mienne et que par ce contact elle me transportait où elle le voulait bien, moi qui de confiance la laissa s'exécuter sans même poser de question. Si la Douce accordait une importance à cet endroit, je lui en accorderais aussi, j'en étais convaincu. Je saluai officieusement le protecteur véritable de la cheftaine qui me renvoya une austère politesse. Son approbation était importante pour moi et je savais qu'au fond la mienne l'était probablement pour lui. Après tout nous partagions une intimité très sensible avec Furie, chacun à notre façon. Il n'était alors que naturel de vouloir s'assurer que nous la laissions à quelqu'un de digne. Une vieille habitude, probablement, car à de maintes reprises elle nous rappelait que son émancipation ne dépendant que d'elle même et que la protection que nous lui offrions n'était qu'un simple atout et non une nécessité. Si haut dans le ciel et pourtant je me sentais complètement sur terre, comme si la présence de ma plus grande amie me gardait de disparaître dans l'infini. Le trajet fut plutôt silencieux, il fallait dire que la destination n'était pas très éloignée. Le fouet qui claquait près de nos oreilles était suffisant et surtout assez présent pour ne pas à se sentir obliger de rajouter des mots qui n'avaient certainement pas leur place dans la conversation qu'ils entretenaient.

La descente tant souhaitée arriva: je ne détestais pas du tout ces trajets à dos de dragon mais cette sensation d'impuissance face à mon destin ne s'acceptait pas à premier abord, surtout que cette accommodation n'apparaissait qu'à très basse fréquence, ce qui voulait dire qu'à chacun de ces événements je revivais cette sensation d'inconnu et la peur irrationnelle qui en découlait. Pendant que j'admirai ce refuge aux sublimes fondations, la Douce installa de quoi rendre la soirée plus confortable. L'air, même si plus rare, me rappelait les montagnes du pays d'avant: cette fraîcheur particulièrement appréciable lorsqu'en doses modérées. Sans la pousser, je vins m'appuyer auprès d'elle, jambes croisés, sourire un peu idiot pendant à mes lèvres. Je cessai de me ridiculiser lorsque Furie m'offrit quelques fruits de sa récolte et qu'il fit plaisir à mon estomac que j'accepte cette offrande. Il y avait là de quoi le calmer et surtout, d'ajouter un éclat amusant à ses papilles qui en ces temps de rations ne jouissaient pas des extravagances de jadis. Et à travers cette épicurienne dégustation se glissa dans mes cheveux la main de mon amie me rappelant qu'en fait, j'avais peut-être aussi besoin de protection. J'étais vulnérable, moi aussi.

Au bout d'un silence se trouva le cristal mystique de la voix de la Douce, voix que j'avais bercé de mon piano tant de fois. J'écoutai d'une attention particulière, tant qu'il était difficile de savoir si je percevais la situation avant qu'elle ne se déroule ou si elle se déroulait avant que je la perçoive. Je mis mon cœur dans le présent, mon âme dans le présent et tout ce qui me restait aussi. Elle termina sur le Do, note qui me rassura irrationnellement. J'applaudie, tout sourire, alors qu'elle reprit son souffle avant de m'expliquer ce que cachait ses mots qui n'étaient pas à ma portée. Je lui fis part de mon appréciation et aussitôt je me relevai, question de dégourdir mes esprits. À cet instant Furie s'empara de ma main et je compris rapidement pourquoi elle semblait vouloir quérir mon approbation. Elle m'offrit un formidable collier qui rendait fidèlement justice à l'éclat de notre relation. Sans parole, la faisant languir, je portai le bijou à mon cou et je l'accrochai, le portant avec fierté. « Merci Furie, il est superbe. Je le porterai à chaque fois que le soleil se couchera, promis! » lui dis-je, espérant remettre un sourire sur son visage, sachant que ses traits étaient définis par cette démonstration de bonheur. Une accolade s'en suivit et je ne pus la quitter de mes bras que lorsque je sentis qu'autant d'amour s'était transmis dans cette action que dans tout ce qu'elle avait pu traverser pour m'offrir un si ravissant hommage à nous.

Un bruit imposant fit son écho jusqu'à nos oreilles: Aésyeth cria le chant des malades, de sa roque voix. Sa prestance habituelle se tamisait sous la sensation de faiblesse qu'il m'inspirait. Sentant le froid conquérir les montagnes, je donnai ma cape à la Douce avant d'aller à la rencontre de l'animal et de déposer ma main sur son dos. « Souffre-t-il de cette maladie depuis longtemps? Diable, il fait si longtemps que je ne l'ai pas vu. Raconte-moi, douce amie » soufflai-je jusqu'aux oreilles de la chef des seccyeths. J'écoutai son récit, espérant que la peur ait motivée l'intensité de son discours, mais je savais, je sentais que le colosse reptilien voulait s'isoler, se cacher, et il n'était pas rare de voir ce genre de réaction chez toute espèce lorsque vieillir était bien plus qu'une illusion. Le pauvre voyait sa sagesse lui coûter les quelques années qu'il lui restait peut-être. «Ne t'en fais pas, nous sommes là. Repose ta tête vieil ami» lui soulignai-je. Ma main s'était de nouveau retrouvée dans celle de Furie, elle qui serrait d'une puissance alarmante. Je savais sa peur et sa peine envahissantes, et tant bien que mal je tentais de la supporter dans ses tourments. De tout mon amour je la supportais.


_________________
Alfador. Un brave chat.

Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: 10/12/2016 02:50    Sujet du message: La Mort de l'Enfance

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Les Chevaliers d'Émeraude - JDR recommandé par le site officiel - Version 7 Index du Forum -> Évènements -> Rp Stand-by Toutes les heures sont au format GMT - 4 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Crédits - Le forum a été créé en 2005 par Deelylah. Le design et le codage ont été réalisé par Chlotilde avec l'aide de Camellia et Sahvanna. L'univers du forum est fortement inspiré de la saga Les chevaliers d'Émeraude d'Anne Robillard. Toute reproduction partielle ou totale de ce forum est interdite.


Portail | Index | Panneau d’administration | Créer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB
Appalachia Theme © 2002 Droshi's Island
Traduction par : phpBB-fr.com
Designed & images by Kooky